POLYTECH NANTES INFOS
N°17 - Juin 2014

Au laboratoire Arts et Technologies de Stereolux, les 29 et 30 avril, s'est déroulée une séance de « cinéma émotif ». Le principe est simple : le spectateur, assis dans la pénombre, regarde un film projeté sur un écran devant lui. Il a un casque sur la tête, muni d'électrodes posées à même le cuir chevelu, qui enregistre son activité neurophysiologique. Ce dispositif d'électroencéphalographie (EEG) permet de mesurer les réactions émotionnelles du spectateur, qui vont déterminer le scénario particulier qui sera enclenché. Ainsi, selon que le spectateur va réagir positivement ou négativement, intensément ou calmement à une scène, la suite du film ne sera pas la même.

A l'Institut de Recherche et Communications en Cybernétique de Nantes (IRCCyN), l'équipe Images et Vidéo Communications (IVC) s'intéresse à la prise en compte de l'individu dans sa relation aux contenus multimédia. Quelle est la manière dont il interagit avec un contenu ? Comment juge-t-il de sa qualité ? Comment s'en souvient-il ?

L'état émotionnel d'un spectateur, si l'on possède les outils pour y accéder, ouvre une porte considérable sur l'expérience qu'il vit avec le contenu multimédia. En utilisant des appareils tels que l'EEG et l'oculométrie (mesurant l'activité oculaire), l'IVC cherche à accéder directement, sans avoir recours à des méthodes subjectives (classiquement, des questionnaires auto-administrés), aux émotions ressenties par un individu. Dans ce cadre, l'équipe IBC a fondé un partenariat avec le Laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire (LPPL), Stéréolux et Marie-Laure Cazin, réalisatrice d'un film interactif, pour collaborer sur le projet de cinéma émotif.

Le film exploité, « Mademoiselle Paradis », un pilote d'une vingtaine de minutes, présente plusieurs enchaînements possibles, correspondant à un total de 12 scénarios différents. Il a été présenté à un panel de 60 participants au laboratoire IVC, dans les locaux de Polytech Nantes. Durant la visualisation, l'équipe IVC a mesuré l'activité oculaire de chacun des spectateurs, afin de pouvoir étudier leur comportement visuel au cours du film. Simultanément, elle a enregistré leur activité cérébrale au moyen d'un casque EEG du même type que celui utilisé lors des séances grand public du cinéma émotif. Ce dispositif était couplé à un logiciel d'interprétation en temps réel qui traduisait les oscillations neurales en dimensions émotionnelles (excitation, engagement, frustration, et méditation).

L'analyse a porté, dans un premier temps, sur les positionnements du regard des spectateurs dans chacun des plans du film. L'objectif était de détecter les séquences du film où les réactions des spectateurs étaient les plus différentes, afin qu'elles constituent des supports discriminants pour étayer le choix d'un scénario particulier parmi toutes les possibilités. Les résultats de cette analyse nous ont permis d'ordonner les séquences du film « Mademoiselle Paradis » en fonction de leur potentiel de variabilité inter-observateur.

Dans un second temps, l'équipe IVC a considéré l'activité émotionnelle des spectateurs, déduite de l'activité neurophysiologique enregistrée par le dispositif EEG. En s'intéressant aux moments du film où une importante variabilité inter-observateur co-occurrait avec une forte intensité émotionnelle, l'équipe IVC a délimité des fenêtres de tir, définies comme étant les séquences du film où l'activité des spectateurs est prise en compte pour déterminer le choix des séquences embranchées formant le scénario.

Le cinéma émotif est une des formes sous laquelle peut être présenté un film interactif. Au-delà de ce support - au-delà même du film - les contenus multimédia et les moyens de les regarder se diversifient actuellement (tablettes, smartphones, télévision connectée...), offrant aux utilisateurs une palette de choix en constant déploiement. Un intérêt croissant pour déterminer la qualité d'expérience des utilisateurs d'un service, d'une technologie, d'un produit accompagne cette extension. Dans cette dynamique, l'utilisateur, qui est la source des exigences de qualité, est remis au cœur de la technologie.

L'équipe IVC, depuis longtemps impliquée dans l'évaluation de la qualité d'image et de vidéo, a pour ambition de demeurer un acteur international dans l'évaluation de la qualité d'expérience. Ce domaine de recherche étant interdisciplinaire, l'équipe s'est ouverte récemment à un partenariat avec le LPPL, au cours duquel des chercheurs des deux structures co-encadrent une thèse sur le sujet. Cette expérience est l'occasion de découvrir les potentiels de la coopération de deux domaines ne se rencontrant encore que trop rarement et de mettre en lumière les mystères de chacune de ces disciplines. Et qui sait où pourra mener cette interaction ?

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Lettre d'informations n°17