Polytech'Nantes Infos n°1 - Février 2009


Poly'Nantes, l'association des ingénieurs diplômés de Polytech'Nantes, est allée à la rencontre de Bruno Clavier, issu de la toute première promotion de la spécialité Thermique-Énergétique (1988).


Bruno Clavier - TE 1988
Bruno CLAVIER - TE 1988

Responsable des activités AIP* - DCNS BU Propulsion
*AIP : Air Independant Propulsion
DCNS est le leader européen de la maîtrise d'œuvre du navire armé. Le groupe a pour principal client la Marine Nationale, mais s'ouvre également à l'international en proposant par exemple des systèmes AIP.



Bruno travaille aujourd'hui à Indret, à 20 km de Nantes.
Il nous a reçu dans son bureau, avec vue sur la Loire, pour répondre à quelques questions...

Bruno, qu'êtes-vous devenu après Polytech'Nantes ?


"Après un stage de fin d'études réalisé à la centrale nucléaire de Chinon, pour le compte d'EDF (réalisation d'un outil informatique de diagnostic de l'état de santé des échangeurs de chaleurs), j'ai dû faire un break forcé d'une année pour le service militaire, à Angers ! Par chance j'ai pu passer mon année en tant que « scientifique du contingent », ce qui m'a permis de garder un pied à l'étrier en travaillant sur la thermique des bâtiments militaires (constructions neuves et entretien). Parallèlement je travaillais le soir dans une petite entreprise de la région, qui réalisait des études d'économies d'énergie pour les industries. Après cette année dans la région angevine, j'ai répondu à une annonce de l'APEC pour intégrer l'un des plus grands établissements de la région : la Direction des Constructions Navales (DCN, devenue récemment DCNS, entreprise de droit privé). Je n'ai pas bougé depuis !
En revanche j'ai occupé plusieurs postes : ingénieur d'études en Discrétion Acoustique sur les sous-marins nucléaires de type Le Triomphant, chef de groupe du service « Auxiliaires et Matériels Électriques », chef de la division « Thermique » du Centre d'Essais et manager d'essais du prototype à terre du premier AIP développé par la DCN, Manager technique des AIP au bureau d'études, et pour terminer, responsable des activités AIP (poste plutôt orienté vers le management de projets). De plus, durant les 6 dernières années, j'ai également participé en tant que manager d'essais à la mise au point du premier AIP de série de DCNS, dont l'acceptation a été prononcée par la marine pakistanaise en septembre 2008. Un parcours plutôt riche, mais avec une constante : le goût du terrain et de la technique !"

Quel est votre secteur d'activité, et en quoi consiste votre poste exactement ?


"Notre secteur d'activité est la R&D en industrie navale de défense. Je m'occupe de management de projets, pour tout ce qui concerne les AIP : pilotage du développement des produits AIP, et développement de marchés pour ces produits. Je travaille donc, en interne, en collaboration avec les équipes techniques, le marketing et les commerciaux. Et en externe, nous avons de nombreuses coopérations avec des partenaires industriels français et étrangers pour le développement de ces systèmes complexes. En effet un AIP est un système technique à haute valeur ajoutée. Il s'agit d'un module de propulsion qui peut être intégré dans un sous-marin conventionnel (par opposition au nucléaire), en complément du système de propulsion classique diesel-électrique. Il permet de recharger les batteries du navire sans apport d'air extérieur, et ainsi d'augmenter significativement son autonomie en plongée."

Quels sont vos marchés, vos clients ?


"Nous ne proposons les AIP qu'aux marines étrangères, dans le cadre d'un contrat de fabrication de sous-marins conventionnels. La Marine nationale ne s'équipe quant à elle que de sous-marins à propulsion nucléaire. Le marché est donc plutôt restreint, et la concurrence est essentiellement allemande."

Pour vous, quel est le profil d'un ingénieur aujourd'hui ?


"Bien entendu il doit avoir un bon bagage technique, mais il doit aussi et surtout être un bon manager de terrain. Son rôle est d'animer, d'organiser et de décider. On attend de lui qu'il ait la vision du projet, qu'il soit moteur dans l'animation de l'équipe technique, et qu'il sache également prendre les décisions qui s'imposent."

Comment était-ce à vos débuts ?


"On attendait plutôt de l'ingénieur qu'il soit un savant, qu'il apporte des solutions techniques. Maintenant, on attend de lui qu'il inscrive ses solutions techniques dans un projet, et qu'il mène une équipe d'ingénieurs, techniciens et ouvriers vers la réussite collective, tel un capitaine ! Ses responsabilités se sont étoffées."

Quelles sont les challenges auxquels vous avez fait ou faites face ?

"Durant ma carrière, j'ai eu souvent comme principal objectif de résoudre des problèmes techniques, sans grosse pression financière. Aujourd'hui, les temps ont changé et mon poste fait que mes contraintes quotidiennes sont plutôt d'ordre économique et calendaire. Je dois également veiller à ce que les ressources humaines soient en accord avec nos objectifs."

Et qu'est-ce qui vous motive dans votre travail ?

"Ce qui me plaît est de travailler en équipe, et d'avancer collectivement, sur un projet à forte valeur ajoutée. L'aspect humain de ces projets, et la forte connotation technique, sont pour moi les principales sources de motivation. Et de plus, ce poste est loin d'être routinier, chaque jour apporte son lot de nouveautés et d'enjeux !"

Parlons de Polytech'Nantes. Quelle est votre opinion sur votre formation initiale ?


"Il faut reconnaître que cette première promotion a assisté à de nombreux réglages : l'école ne possédait pas de locaux, la formation technique était à mon sens un peu juste, et parfois éloignée du métier de l'ingénieur (ce qui est aujourd'hui beaucoup moins vrai !). Même si les matières enseignées étaient plutôt adaptées, il y manquait principalement l'aspect pratique, que j'ai acquis sur le terrain, après l'École ! L'autre déception concernait les matières non techniques : l'anglais insuffisant, et un gros manque dans ce que j'appellerais « l'éducation de l'ingénieur » : la façon de se comporter dans l'entreprise, vis-à-vis de ses collaborateurs, et la manière de bien assurer son rôle de cadre ou de manager. Et ceci d'autant plus qu'un ingénieur doit faire preuve d'exemplarité dans son travail !"



Et avez-vous gardé des liens avec l'École ?


"Oui, j'ai participé jusqu'à il y a peu aux oraux de recrutement à Polytech'Nantes. Cela me permettait à la fois de garder un pied dans l'École, et de revoir également quelques anciens ! Et depuis 2000, nous avons recruté au sein de DCNS plusieurs ingénieurs diplômés de l'École."

Qu'est-ce qui a motivé ces recrutements ?


"L'avantage des ingénieurs issus de Polytech, c'est qu'ils sont pragmatiques, ont le goût du terrain, et s'appuient sur une bonne base de connaissances techniques. Et puis, il ne faut pas le négliger, le fait de travailler avec des ingénieurs issus de la même formation permet de faciliter le travail ! Bien évidemment les ingénieurs que nous intégrons dans nos équipes sont d'origines variées, mais les ingénieurs Polytech nous font gagner en efficacité. C'est un bon retour sur investissement !"

Propos recueillis par Sabrina Djouahra et Damien Lelandais, pour Poly'Nantes.