Polytech'Nantes Infos n°1 - Février 2009


Beaucoup d'usagers de Polytech'Nantes passent régulièrement devant la boule rouillée située devant le bâtiment Isitem en se demandant quel esprit fertile a bien pu imaginer et domestiquer la matière pour en forger la forme idéale de cette œuvre d'art. Car en effet, cette sphère métallique de 900kg d'un diamètre d'environ 2,9 mètres est bien une œuvre d'art.

Cette sphère n'a donc pas pour unique vocation de servir de point de repère au livreur en lui confiant une consigne du genre : « vous verrez, ce n'est pas compliqué, l'entrée est derrière la grosse boule rouillée ».
Après un premier instant d'étonnement, on peut également s'interroger sur le message qu'a voulu transmettre l'artiste : une boule creuse par opposition aux têtes bien pleines de nos étudiants ?, ou tout simplement un espace d'expression en trois dimensions pour que nos potaches puissent également revendiquer leurs talents artistiques ?
Ce n'est pas impossible, car la boule devient tour à tour : smile, boule de billard, tête de père noël, Ying/Yang, .... à la faveur de pots de peintures détournés de leur applications initiales...
A moins que dans une illumination prophétique notre habile artisan n'ait matérialisé la sphère du logo de Polytech pour que son rayonnement n'en soit que plus éclatant ?

Et bien non, tout cela n'est que pure spéculation ! Polytech peut se flatter de posséder un pur joyau de l'art contemporain de la fin des années 80. Et nous pouvons féliciter l'État pour cette contribution culturelle que notre acuité défaillante ne nous permet pas d'apprécier pour jouir de ce bonheur contemplatif quotidien. Certains pensent à sourire là où Vladimir SKODA* aborde le cosmos et les lois de l'Univers. Cet attrait se manifeste déjà dans le titre évocateur de notre œuvre d'art : « Constellation triangulaire développée en spirale - 1990 ». Et contrairement à ce que pense l'homme de la rue, cette sphère n'est pas rouillée, mais cette étonnante couleur patinée est due à l'emploi d'un acier Corten** dont nos spécialistes en sciences des matériaux ne tarissent d'éloges.
Comme l'exprime si clairement Vladimir Skoda : « Ce qui m'intéresse au départ, ce n'est pas la forme, mais bien la lutte de la matière en fusion. De là naîtra une œuvre qui ne cessera, à partir d'un axiome sphérique, d'évoluer sur les considérations d'une géométrie céleste. ». C'est ainsi que la sphère devient l'un de ses sujets de recherche prédominant pour développer la multiplicité des relations entre l'intérieur et l'extérieur de la matière, entre l'espace du spectateur et celui de l'œuvre.

Notre œuvre d'art est d'ailleurs reconnue par des experts internationaux puisqu'elle faisait partie des 52 œuvres sélectionnées pour figurer dans l'exposition « Les champs de la sculpture » sur les Champs-Elysées parisiens*** à l'automne 1999. A propos de cette exposition, Elisabeth Lebovici**** classera l'œuvre de Vladimir Skoda « dans la famille « gros tas », tout ce qui ressemble à quelque écrasement plus ou moins informel, hanté par l'analité ». Comme toujours, ce sont les femmes qui en parlent le mieux !

Hervé MOURTON - Laboratoire LGMPA


* Vladimir Skoda, né à Prague le 22 novembre 1942, est un sculpteur français d'origine tchèque. Vladimir Skoda grandit en ayant un intérêt particulier pour les mathématiques et la physique. S'intéressant au travail manuel, il entame une formation de tourneur-fraiseur puis suit des cours du soir de dessin en parallèle de l'usine. Lors d'un voyage à Paris, alors âgé de 26 ans, il décide de venir en France pour recommencer ses études, mais dans le domaine artistique. Accepté aux Beaux -Arts, il suit les cours de César et travaille avec du fil de fer. Au début des années 1970, il découvre l'art contemporain. Ses premières œuvres sont des gestes de positionnement par rapport au Nouveau Réalisme, puis à l'Arte Povera et à l'Antiform.

** L'acier Corten est un acier auto-patiné à corrosion superficielle forcée, utilisé pour son aspect et sa résistance aux conditions atmosphériques, dans l'architecture, la construction et l'art principalement en sculpture d'extérieur. L'addition de cuivre à de l'acier doux améliore sa résistance à la corrosion. D'autres éléments d'alliage tels le chrome, le nickel, le phosphore et l'aluminium ont été utilisés pour élaborer des nuances d'acier résistant mieux à la corrosion dans différents milieux.
Définition suivant l'AFNOR ( EN 10025-5 :2005) : Acier auquel un certain nombre d'alliage, tels que P, Cu, Cr, Ni Mo ont été ajoutés afin d'en accroître la résistance à la corrosion atmosphérique par la formation d'une couche auto-protectrice d'oxyde sur le métal de base sous l'influence des conditions atmosphériques.


*** un hors série de « Beaux-Arts » présente chaque œuvre exposée ainsi qu'un portrait de l'artiste et de ses attentions (66p. 50 F)

**** Elisabeth Lebovici, « Libération », Samedi 18 et dimanche 19 septembre 1999, page 31.